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  • November 4, 2015

Richard Galliano au zénith

L’épatant, dans un festival, est de retrouver les raisons qu’on avait au départ d’aimer un musicien. C’est ce qui m’est arrivé grâce au concert dense, émouvant, joyeux qu’a donné Richard Galliano sur la scène Matisse du Nice Jazz Festival. Ce fut un de ces moments où l’on sait qu’il ne peut rien arriver à la musique qui ne soit de pure magie.

Le soir tombait, notre exaltation grandissait. Avec Tango pour Claude (Nougaro) où l’accordéoniste mettait toute sa fougue, le public est entré en lévitation. Il faut dire que Galliano se présentait avec une rythmique de 50 carats : le Cubain Gonzalo Rubalcaba au piano, le Camérounais Richard Bona à la basse, l’Américain Clarence Penn à la batterie. Une rythmique prise dans sa propre euphorie, souriant aux anges, crépitant de bonheur. Voir Clarence Penn taper tous les temps des deux pieds sur les pédales de la charleston et de la grosse caisse, observer Richard Bona poser ses notes comme un chat, voir des doigts pousser au bout des doigts du pianiste ou alors de petits marteaux agiles, c’est tout à fait étonnant. Quant à Galliano, il y a longtemps qu’on le sait grand lyrique, rythmicien assuré, mélodiste soufflant. On lui retrouvait au fil de morceaux intelligemment variés toutes ces qualités, plus une, constante, la concentration qui, seule, permet l’émotion.

Magnifique concert dont on sort rajeuni,
lavé, réconforté, heureux d’avoir
encore une fois connu ça.

Le programme a suivi une gradation savante : Aurore, de son disque récent Love Day, entrait dans le vif du sujet comme si le concert avait déjà commencé ; Bebe, de Hermeto Pascoal, déployait les couleurs pour Rubalcaba ; Waltz for Nicky défendait et illustrait le concept de New Musette ; Laurita allumait des feux ; Sérénité les baissait pour vous saisir l’âme en douceur avant de vous mener à Giselle ; Coloriage évoquait Nice, la ville dont Richard est le fils ; Hymne pour Eddy Louiss rendait hommage à un ami musicien ; Tango pour Claude mettait le comble à l’émotion ; Aria rappelait tout ce que la musique doit à Bach. En rappel, Sertao convoquait les sortilèges de la virtuosité. Le public se dressait en manière de reconnaissance. Magnifique concert dont on sort rajeuni, lavé, réconforté, heureux d’avoir encore une fois connu ça. Connu quoi ? La joie d’aimer ce qu’on aime.

Côté Julien Doré (que faisait-il là ?), on est dans la culture télé : tout sonne faux, truqué, copié/collé. N’est pas Jamie Cullum qui veut. Le gus qui a écrit dans le programme que ce Doré réincarne à la fois Baudelaire, Rimbaud et Patti Smith a dû frémir quand il a entendu son artiste lancer au public: « Bougez vos culs, les gros. » On ne fait pas plus poète.

 

(Télérama 24/07/2009, Michel Contat)

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