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  • November 4, 2015

Richard Galliano met Nino Rota à sa sauce

Nino Rota, qui composa les bandes originales des plus grands films de Federico Fellini, aurait eu 100 ans cette année. Richard Galliano, l’accordéoniste français de jazz a repris à son compte le répertoire de l’Italien.

Une formation inspirée, La Strada Quintet emmenée par Galliano, reprend dans un CD quelques airs inoubliables. Le groupe rendra hommage à Nino Rota en trois grandes dates : le 5 novembre à la Maison de la Culture pour l’ouverture des 25èmes Rencontres Internationales D’Jazz de Nevers; le 10 novembre à la MAC de Bischwiller, dans le Bas-Rhin(Jazzdor), enfin à la Salle Pleyel le 16 novembre.

Richard Galliano m’attend à l’étage du restaurant Le Vieux Châtelet. Il aurait bien pu figurer dans un film du Maestro. On dirait l’un de ses acteurs. Son visage passe du sérieux à la décontraction en un éclair. Il aborde gravement la conversation. Puis se marre quand, pour la circonstance, je commande les lasagnes al forno. Le fils de Lucien, professeur d’accordéon d’origine italienne, est né à Cannes, il y a 61 ans. A sept ans, un événement le marque. Son père l’emmène voir La Strada, un des chefs-d’œuvre de Fellini. Le film passe dans le quartier. «L’air de trompette joué par Gelsomina a hanté mon esprit. Un air simple, d’un autre monde, dont la puissance m’a ébranlé. J’ai partagé cela très tôt avec Nino Rota: la volonté de séduire avec des compositions évidentes». Personne ne contestera ni à l’un, ni à l’autre, le sens aigu de la mélodie pure, tantôt heureuse, tantôt mélancolique, avec un zeste de drame social. Alors même que les deux artistes ne se sont jamais rencontrés, leur inspiration est proche. Elle rassure et protège. Elle rejoint la famille, et s’installe sereinement dans l’imaginaire. Galliano sourit sans forcer: «Le projet de lui rendre hommage trotte dans ma tête depuis des lustres. J’ai commencé à le réaliser il y a quinze ans. A l’époque, j’ai multiplié les concerts avec Enrico Rava (trompette), Daniel Humair (batterie), Jean-François Jenny-Clark (contrebasse) et le clarinettiste Gabriele Mirabassi. Le public n’était pas mûr. L’an dernier, le label Deutsche Grammophon m’a relancé. Les producteurs ont senti une attente autour de la célébration du centenaire de Nino Rota en 2011. J’ai recherché un groupe au niveau pour le défi. Comme solistes, deux musiciens à la fois proches des racines populaires et de très bon niveau: le trompettiste Américain Dave Douglas, et le Britannique John Surman, majoritairement au saxophone baryton. A la contrebasse, je rêvais d’un son soyeux. J’en sais l’Américain Boris Kozlov capable. Enfin le jeu de batterie en finesse de Clarence Penn s’imposait. »

La formation polit une musique accessible. L’important, selon Galliano, tient à ceci: «que l’émotion persiste». Il en connaît les ressorts, lui qui accompagna Charles Aznavour, Barbara, Serge Reggiani, Catherine Ringer et Juliette Gréco. Qui partagea leurs spectacles. Parfois même, comme avec Nougaro, leurs compositions. Ces ressorts, quels sont-ils? «Raconter des histoires, avec des mots de tous les jours».

Galliano s’est acharné à maintenir la fraîcheur des compositions. «Prenons l’exemple des thèmes si prenants de Fats Waller. Sont-ils faciles? Evidemment non. Pourtant, l’auditeur a l’impression que les chansons de Fats coulent de source. J’appelle cela de la musique populaire savante. J’ai tenu à en restituer l’esprit». Pour y arriver, la proximité avec l’œuvre d’Astor Piazzola a servi. Astor, l’Argentin. Astor, un modèle, disparu depuis deux dizaines d’années. Astor, l’ami. La tristesse colore le visage de l’accordéoniste: «Il m’a énormément appris». Tout le concept musical de la Galliano-Rota Connection se retrouve dans le titre The Godfather: Love Theme, exécuté par le seul duo accordéon/contrebasse. Un son terrible («Mon ADN»). Le morceau fonctionne à merveille. Uniquement pour le titre, l’album vaut le détour. On se croirait dans la salle à manger du Parrain. Les lasagnes maison, également un délice.

Bruno Pfeiffer

CD
Richard Galliano Nino Rota, Deutsche Grammophon/Universal

CONCERT
La Strada Quintet : hommage à Nino Rota

Maison de la Culture de Nevers, le 5 novembre

MAC de Bischwiller, dans le Bas-Rhin ( Jazzdor), le 10 novembre

Salle Pleyel, le 16 novembre

 

(Libération 4/11/2011, Bruno Pfeiffer)

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